Faire des collaborations gratuites, sur le papier, ça paraît super : un gain de visibilité pour le photographe, et de belles photos pour le client. Tout le monde y gagne… en théorie. Seulement voilà : pour en avoir fait quelques-unes, aucune collaboration gratuite ne m'a réellement rapporté de visibilité, ni de vraies clientes jusqu'à présent.
Alors évidemment, je n'ai pas collaboré avec Léna Situations, ni même avec une petite influenceuse grenobloise très suivie. Mais tout de même : sur toutes les collaborations gratuites que j'ai acceptées, le retour sur investissement a été le même — zéro.
De quelles collaborations je parle (et desquelles je ne parle pas)
Attention, je ne parle pas ici des collaborations dans un but artistique, celles qui servent à enrichir le portfolio d'une photographe : un shooting créatif monté avec une modèle, une maquilleuse et une styliste, où chacun apporte son talent et repart avec des images qui font avancer son travail. Ça, c'est un échange équilibré, et c'est même une belle façon de progresser.
Je parle bien des « collaborations » sur des événements. Celles où le client attend 150 photos retouchées et te dit que « t'inquiète », il te taguera quand il les postera. Celles où on te propose de la visibilité comme monnaie d'échange contre plusieurs heures de travail bien réel.
Face à cette perspective alléchante — passer 3 heures de son samedi soir à photographier des centaines d'inconnus, puis des heures de tri et de retouche derrière — vous pensez sûrement que personne n'accepte de faire ça gratuitement ? Eh bien si. Il y en a, tout le temps même : des jeunes photographes qui travailleront gratuitement, en espérant que cette fois, la visibilité promise sera la bonne.
Ce que « gratuit » coûte vraiment
Une soirée « offerte », ce n'est jamais juste une soirée. C'est :
- les échanges en amont pour préparer l'événement ;
- le déplacement et plusieurs heures de prise de vue ;
- des heures de tri parmi des centaines de clichés ;
- la retouche de dizaines (voire centaines) de photos ;
- la livraison, l'hébergement des fichiers, les allers-retours.
Au total, une « collab » d'un soir représente facilement une à deux journées de travail complètes. Du travail qualifié, avec du matériel professionnel qui coûte plusieurs milliers d'euros. Et en face ? Un tag en story qui disparaît en 24 heures.
Le problème dépasse chaque photographe individuellement
Quand un photographe accepte de travailler gratuitement sur une prestation commerciale, il ne dévalorise pas seulement son propre travail : il installe l'idée, chez le client, que la photographie ne vaut rien. Ce client-là ne paiera pas non plus le prochain photographe. Il s'étonnera même qu'on ose lui présenter un devis.
C'est un cercle vicieux qui tire toute la profession vers le bas — et qui touche d'abord les plus jeunes, ceux qui n'osent pas encore dire non.
Aux jeunes photographes qui liraient ces lignes
N'acceptez pas ce genre de contrats. Faites-vous payer dès le départ, même modestement au début. Un client qui ne vous paie pas la première fois est très certainement un client qui ne vous paiera jamais.
La visibilité ne remplit pas un frigo, ne rembourse pas un boîtier et ne paie pas l'URSSAF. Votre temps, votre œil et vos compétences ont une valeur — et la meilleure façon de le faire comprendre aux clients, c'est de le leur montrer vous-même.
Aux marques et organisateurs d'événements
Et pour toutes les marques et toutes les personnes qui font appel à un photographe pour leur événement mais ne veulent pas le payer : ne vous plaignez pas du résultat après. Un travail professionnel mérite une rémunération professionnelle — c'est vrai pour votre traiteur, votre DJ, et c'est tout aussi vrai pour votre photographe. J'espère que ces lignes vous aideront à comprendre à quel point il est important de valoriser le travail des artistes.
PS : si vous trouvez les tarifs des photographes trop chers, j'ai écrit un article qui détaille tout ce que ces prix comprennent réellement : « Photographe pas cher » : pourquoi ce n'est pas possible.